Thèse de doctorat

Thèse de

DOCTEUR DE L’UNIVERSITE PARIS VIII

Sciences économiques

Présentée et soutenue publiquement par

Monsieur Camille SARI

VALEUR DE LA MONNAIE, TAUX DE CHANGE ET POLITIQUES DE TAUX DE CHANGE : LE CAS DE MONNAIES INCONVERTIBLES.
Présentation :

L'objectif de notre ami Camille SARI - Consultant de 3A CONSEILS - a été de trouver des points d'ancrage aux taux de change du dirham et du dinar en rapport avec les fondements économiques.

Dès la première partie, un renvoi sur les théories traditionnelles a été nécessaire.

Ainsi la PPA paraît le passage obligé pour comprendre les mécanismes de fixation du taux de change en termes de pouvoir d'achat. Il s'agit d'une position d'équilibre qui présente toutefois l'inconvénient de ne pas trouver de justification sur le plan empirique.

En traitant les théories des taux de change d'après DORNBUSCH, SACHS et KRUGMAN le but de Camille SARI a été de prendre à témoin la littérature dominante (quels que soient les désaccords) afin de montrer que la fixation du taux de change par des déterminants réels et structurels n'est pas minoritaire, ni marginale, même si au plus fort du reaganisme et de l'ultra-libéralisme, la pensée monétariste l'emportait. En effet, même les déterminants monétaires et financiers ont des soubassements réels.

Cela va de la définition d'un taux de change d'équilibre fondamental (WILLIAMSON) au taux de change réel qui tient compte exclusivement ou simultanément de l'évolution du PIB, de l'inflation et/ou de la productivité (STEMITSIOTIS 1992)

La base d'une analyse complète du taux de change doit être située dans une problématique de la monnaie et plus précisément dans la recherche des déterminants influençant sa valeur.

Avant de considérer le taux de change comme le prix relatif de deux monnaies, Camille SARI l'a considéré comme la valeur relative d'une monnaie nationale par rapport à une monnaie étrangère ajustée de facteurs exprimant l'incertitude et les comportements spéculatifs.

Tout se passe comme si la monnaie nationale se présentait sur le marché des changes avec un certain nombre d'acquis et de handicaps qui reflètent l'état de l'économie comparativement aux autres économies concurrentes (différentiel de taux de croissance, différentiel de taux d'inflation, différentiel de taux d'intérêt, différentiel de taux de profit...) et sollicite une validation de sa valeur actuelle.

En fonction de ces critères, le marché valide ou non la valeur de la monnaie.

Camille SARI a eu à déterminer la valeur relative de la monnaie domestique contre la monnaie étrangère grâce à une dynamique de comparaisons des valeurs propres ou intrinsèques des deux monnaies considérées.

Une fois qu'a été reconnu à la monnaie un statut qui lui confère une valeur, il s'est agit d'une part d'analyser le processus de sa formation et d'autre part de discuter les raisons qui la font varier.

Deux pistes de recherche d'une approche de la valeur de la monnaie se dégagent alors :

a) la qualité de "rapport social" de la monnaie impose qu'elle ne peut pas être neutre,

b) la monnaie s'insère dans les procès de production et de répartition des richesses.

L'intégration de la monnaie dans l'économie réelle n'est pas une tâche aisée, les difficultés qu'elle soulève dans la plupart des paradigmes font l'objet d'un débat riche depuis des siècles.

En ce qui le concerne, le taux de change apparaît comme l'expression de la valeur relative de la monnaie nationale.

FOLEY, plus explicite sur la valeur de la monnaie, considère qu'il dérive d'un processus de transformation des valeurs en prix. Une corrélation est établie entre la monnaie et le temps de travail social abstrait.

Un point d'ancrage stable peut se dégager à partir de la notion de VPM (valeur propre de la monnaie) et VRM (valeur relative de la monnaie).

La VPM peut être définie comme étant la valeur interne d'une monnaie dans une économie fermée.

La VRM est un rapport entre VPM. Il s'agit du taux de change qui représente, dans une situation idéale, les fondamentaux.

Ce dernier terme englobe beaucoup de choses, cela dépend de ce que l'on veut y mettre.

La VRM est en fait le taux de change "dépollué" des comportements spéculatifs. Le taux de change est alors égal à la VRM additionnée à une valeur aléatoire et représente les comportements spéculatifs.

En décomposant la VA on a établi des liens entre valeur de la monnaie et profit, valeur de la monnaie et capital circulant, valeur de la monnaie et capital, valeur de la monnaie et salaire.

Il a été déduit une relation proportionnellement positive entre l'appréciation de la monnaie ou plus précisément l'augmentation de son pouvoir interne et l'accroissement des richesses créées sous forme de valeur ajoutée.

L'inverse est également vrai.

Ainsi, tout ce qui peut altérer l'évolution du taux de profit a un impact sur la valeur propre de la monnaie.

Il en va de même du salaire, des équipements et des inputs.

Contrairement à la théorie dominante, le salaire n'est pas considéré comme inversement proportionnel au profit. La valeur ajoutée peut s'élever suite à l'augmentation du profit et du salaire.

L'efficacité de l'appareil productif, la formation, la qualification sont autant de facteurs contribuant à la solidité de l'économie et par là-même à celle de sa monnaie.

Au total la monnaie, en tant que rapport social, est un catalyseur de toutes les tensions sociales et de toutes les relations de production et de répartition des richesses.

Afin d'être complet, Camille SARI a avancé le rôle complémentaire du crédit et du taux d'intérêt dans les fluctuations de la valeur propre de la monnaie.

La non-coïncidence entre création monétaire et création de richesses est à la base de l'altération du pari fait par le banquier sur des travaux futurs non validés par le marché.

Une fois définis les déterminants de la valeur propre de la monnaie, sa valeur relative est fonction des différentiels de salaires, de profit, de production, du capital et d’inputs, du taux d'intérêt et du travail direct agrégé entre le pays A et le pays B.

Une dynamique de comparaisons internationales de ces données fondamentales est à la base de la détermination de la valeur relative de la monnaie.

L'inconvertibilité des monnaies des PVD est un handicap majeur empêchant leur insertion complète dans les circuits financiers internationaux.

L'inconvertibilité n'est pas un choix de politique monétaire et de change mais la résultante de structures économiques fragilisées par une politique économique inadaptée ainsi que par des termes de l'échange et une insertion dans la division internationale du travail défavorable.

L'inconvertibilité constitue un frein au développement des échanges et favorise l'épanouissement des marchés informels.

Une réponse adéquate à l'élargissement de l'écart entre un taux de change répondant uniquement à une décision des autorités publiques sans connexion avec le marché et un taux informel résultant d'une situation de déséquilibre permanent entre l'offre et la demande de devises, reste à trouver.

Il ne s'agit pas de déprécier en permanence le taux officiel afin qu'il rattrape le taux du marché parallèle.

Il faut donc s'attaquer aux causes de cet écart et faire en sorte que le taux s'exprimant sur le marché officiel "colle" au mieux à la valeur relative de la monnaie.

Lorsque le débat tourne autour de la discussion de la meilleure politique de change à suivre, il vise celle qui assurerait les équilibres fondamentaux internes et externes sans transferts de valeurs vers l'étranger mais sans rigidité non plus.

On l'a vu dans le cas algérien avec un taux de change (nationaliste) surévalué qui n'a pas fait ses preuves et a été débordé par l'évolution du taux de change parallèle sur un marché libre non administré qui est régi par la loi de l'offre et la demande.

Une dévaluation et/ou une dévalorisation progressive à la FMI n'est pas une solution adéquate.

Dans la seconde partie de sa thèse, Camille SARI a abordé les politiques de change telles qu'elles ont été appliquées depuis les indépendances.

Ces politiques de change sont à situer dans leurs contextes économiques et politiques ainsi que dans les données structurelles et économiques.

La principale préoccupation est de relier le taux de change aux variables réelles, notamment la valeur ajoutée et ses principales composantes que sont le salaire et le profit.

Les cas de l'Algérie et du Maroc accréditent davantage cette idée, car leurs marchés monétaire et financier ont une influence limitée.

Le Maroc et l'Algérie cherchent le chemin de la convertibilité.

Pour ce faire et afin de ne pas subir les attaques spéculatives sur les marchés noirs, n'est-il pas plus prudent de fixer des taux de change qui soient crédibles aux yeux des marchés ?

Le problème est le suivant : à quel niveau peut-on estimer un taux de change qui "colle" aux réalités économiques ?

Une telle politique de change doit veiller à ce qu'il n'y ait pas de transfert de valeur, ni de dévalorisation de la force de travail des pays maghrébins, d'où la nécessité de comparer les différentes composantes du PIB et de la valeur ajoutée avec ses principales composantes, le salaire et le profit.

La description des potentiels économiques du Maroc et de l'Algérie laisse transparaître les points faibles et les points forts qui guident les relations monétaires internes.

Un mode de développement déséquilibré ne peut que générer des distorsions dans la valeur propre de la monnaie.

Le mode de l'industrie industrialisante est à l'origine d'un gigantisme industriel fonctionnant à 40 % de ses capacités et d’un gouffre financier dont l'Etat assure la continuité à coups de subventions et de concours définitifs.

Les sureffectifs et les redistributions de revenus, avec un laxisme qui n'a de comparable que la manne pétrolière qui le permet, expliquent l'affaiblissement de la valeur intrinsèque de la monnaie.

Cet excès de création de la monnaie sans avoir en face la croissance du PIB participe à la dépréciation interne de la monnaie.

La sanction de tels dérapages est le développement des marchés informels de biens et de devises.

Le Maroc n'a pas connu le même cheminement que l'Algérie.

Son rôle est dépendant de la pluviométrie et de larges couches paysannes vivent de l'agriculture.

Les masses urbaines modestes bénéficient du bas prix des produits agricoles quand le ciel est clément. Elles sont forcées d’accepter des bas salaires.

On peut parler de transferts de valeurs entre l'Agriculture et l'Industrie au bénéfice de celle-ci.

Les années de sécheresse sont dévastatrices pour tout le monde.

L'industrie agroalimentaire dominée par une minorité d'exploitants est tournée vers l'extérieur.

Le principal partenaire commercial du Maroc est l'Union Européenne.

La Communauté achète des tomates, des agrumes, des textiles, du cuir, des phosphates etc.

Le Maroc importe des biens d'équipement, des biens intermédiaires etc.

Les deux principaux postes de la balance des paiements sont constitués des transferts des travailleurs marocains à l'étranger et des recettes touristiques.

Le cas marocain contient les ingrédients d'une économie qui, pour se vendre à l'étranger, doit brader sa force de travail.

Cela passe par une pression sur les salaires mais aussi par une dépréciation du dirham.

Celle-ci permet aux yeux des autorités marocaines d'attirer des touristes mais aussi les économies des salariés marocains non-résidents.

Les négociations difficiles avec l'Union Européenne sont à mettre au passif d'un mode de développement extraverti aggravé par l'application stricte du programme d'ajustement structurel depuis 1983.

Un bilan fait par des experts, y compris par ceux travaillant pour le compte du FMI montre que les performances en matière d'inflation et d'équilibre budgétaire sont réalisées au détriment de la croissance.

Le PAS appliqué par le Maroc est source de récession, d'appauvrissement et d'altération du développement.

La myopie de la bourgeoisie marocaine qui s'enrichit sans vergogne est un facteur aggravant.

La revalorisation de la force de travail, l'élévation de la qualification, de la formation et de l'éducation des populations sont les ingrédients d'un développement équilibré aussi bien en milieu rural qu'en milieu urbain.

Avec l'émergence de la concurrence asiatique et des pays de l'Est, le coût de la main d'œuvre n'est plus à l'avantage du Maroc.

La politique dévaluationniste n'en fera rien.

Le Maroc peut opter pour un couple économie performante-monnaie forte afin de ne pas compromettre le devenir des générations montantes.

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